Présentation

Claire Citroën a suivi un cursus classique, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, voyage aux Etats-Unis et découverte de la sculpture au campus artistique d’Ox-Bow dans le Michigan. Elle fréquente ensuite des ateliers ; elle sera particulièrement marquée, à partir de 1980, par son apprentissage auprès de Martine Boileau.
C’est ensuite son travail en atelier, l’enseignement de la sculpture et plusieurs expositions en galerie qui vont ponctuer ses recherches, conduites en dehors des modes, dans l’univers exclusif de la céramique.
Il y a chez Claire Citroën une permanence de la technique mise au service d’une forme anthropomorphe en constante évolution : comme une anamorphose qui conduirait du corps de femmes assises aux pousses de plantes ; comme si une poussée était intervenue, provoquant une émergence, quelque chose qui sourd de la terre dont est issu le matériau de son œuvre…
Cet anthropomorphisme est d’ailleurs revendiqué dans le titre de certaines œuvres (les Paysages).
Mais ce qui compte avant tout dans le travail de Claire Citroën c’est l’extrême élégance de la forme à laquelle est associé un jeu subtil entre l’engobe et la terre cuite. Rappelons que la technique de l’engobe consiste à appliquer un revêtement mince à base d’argile délayée, colorée ou pas, sur une pièce céramique afin de modifier sa couleur naturelle et lui donner un aspect lisse.
Cette douceur des formes, le jeu entre la matière et le trait que Claire Citroën laisse courir sur ses ultimes œuvres procure à son travail cette fusion entre puissance et sérénité qu’elles inspirent.
Ce jeu ne cède pourtant jamais à la facilité de la pure séduction. Il y a, bien au contraire dans sa sculpture, une juste cohérence entre cette vigueur qui la fait émerger du terreau originel et les thèmes qu’elle aborde : passant du corps aux têtes puis aux paysages mais conservant à chaque fois cette relation au sol, établissant au final un cousinage avec l’art des totems et les figures hiératiques de l’île de Pâques. Le traitement à l’engobe et son jeu de lignes établit une autre émouvante relation, cette fois avec les peintures corporelles des peuplades éthiopiennes de la vallée de l’Omo.
Mais si Claire Citroën ne revendique pas ouvertement ces sources lointaines d’inspiration, il en est une qui est clairement présente dans son œuvre récente : depuis 2005, elle a entrepris un compagnonnage esthétique avec le travail de l’artiste allemand Karl Blossfeldt (1865 – 1932). Avant tout modeleur et fondeur, ouvrier des formes, Blossfeldt est connu pour ses photographies de plantes. Claire Citroën a fait le choix de s’inscrire dans la continuité du travail essentiellement botanique de l’artiste berlinois. Ce n’est pas une relation seulement esthétique. C’est aussi une émancipation et surtout une référence aux extraordinaires arabesques générées par l’observation quasi microscopiques des plantes. C’est aussi leur révélateur car le travail photographique réalisé par Blossfeldt est surtout celui d’un passionné des formes, d’un enseignant qui utilise la photographie pour révéler et magnifier.
Claire Citroën reprend à son compte ce vocabulaire du détail, l’agrandit et lui confère une autre force venue, une fois encore, du sol. Toujours dressées vers le ciel, parfois dotées d’une sorte de coussinet intermédiaire, ses Pousses s’épanouissent dans l’espace pour féconder autant de pédoncules, de tiges tourmentées, de pétales et de puissants bourgeons.
Si elle a toujours expérimenté la fonte de bronze à partir d’œuvres en terre, ses Pousses, après leur passage à la fonderie Susse se sont chargées d’une paisible énergie sans perdre de la belle douceur qui est la caractéristique majeure de tout son travail.
Ainsi Claire Citroën exclusivement céramiste à ses débuts est, avec cette série de Pousses, parvenue à conférer à son œuvre une dimension plastique qui fait d’elle, définitivement, un sculpteur à part entière.
Francis Lacloche